Festival Photo La Gacilly

Avec sa thématique Plein Nord, la nouvelle édition du Festival Photo La Gacilly en Bretagne concentre une partie de sa programmation sur l’Europe du Nord. Du 1 juillet au 31 octobre 2021.

Parmi les photographes présentés, quatre Suédois aux univers variés : Helena Blomqvist et ses images oniriques, Erik Johansson et ses mises en scène fantastiques, Sune Jonsson et ses témoignages en noir et blanc d’un passé pas si lointain, et Jonathan Näckstrand, reporter spécialiste du Grand Nord.

Helena Blomqvist – À la source des rêves

Intriguant ? Terrifiant ? Charmant ? Poétique ? Mélancolique ? Contemplatif  ? Dérangeant ? C’est un peu un tumulte de sentiments contradictoires qui étreint le spectateur devant les œuvres d’Helena Blomqvist. Compositions burlesques et délirantes, les images de cette photographe suédoise naissent d’abord sur papier, dans son petit studio de Södermalm, à Stockholm. « J’esquisse toujours mes idées avant de me lancer, raconte-t-elle. Ensuite, je construis mes plateaux, mes maquettes. Je couds des vêtements, je loue des accessoires, je contacte des mannequins… » Elle l’affirme : Helena Blomqvist passe plus de temps à préparer son image et à la modifier ensuite numériquement que derrière son appareil photo. Certains de ces plateaux peuvent nécessiter plusieurs mois de travail avant de pouvoir appuyer sur le déclencheur. Affranchies de toute convention, ses créations détaillées attirent aussi bien l’œil de l’amateur d’art contemporain que celui du grand public qui ne peut s’empêcher de voir à travers elles des reliques oniriques issues d’univers folkloriques et de légendes populaires. Comme un patchwork de rêves, de cauchemars, de pages arrachées à des vieux livres de contes poussiéreux, de vieilles peintures habitées de créatures bizarres ou d’une pellicule d’un film du cinéma de l’étrange. Car au-delà de ses talents de composition et de sa capacité à imaginer des scènes animées par un langage universel, Blomqvist ne manque pas d’investir ses tableaux d’une certaine puissance cinématographique. Un voyage à la source de vos rêves.

Erik Johansson – En trompe l’oeil

« Je veux créer des photos qui obligent le spectateur à s’arrêter quelques secondes pour comprendre où est la ruse ». Plus vous regarderez de près les photos d’Erik Johansson, moins vous les comprendrez. Quand il découvre la photographie à l’âge de 15 ans, l’artiste imagine rapidement un principe qui influencera toute sa carrière. Lorsque, pour beaucoup de photographes, le processus créatif s’arrête après avoir appuyé sur le déclencheur, c’est pourtant là où tout commence pour ce passionné d’art et de dessin. Sa technique ? Combiner plusieurs images n’ayant rien à voir les unes avec les autres pour créer des tableaux surréalistes, voire loufoques, avec, pour lien entre les œuvres, cette conscience environnementale. « Je préfère capturer une idée plutôt qu’un moment », aime préciser ce Suédois de 36 ans. Virtuose de la post-production, Johansson manie les outils numériques comme le chirurgien son scalpel. Ses talents de retoucheur font même l’objet de conférences entières où le maquilleur professionnel expose pas à pas ses astuces et ses méthodes. « Il faut créer un puzzle de réalité », détaille le photographe. « Il faut se demander ce qui crée une illusion. Ensuite, on assemble différentes pièces pour créer des réalités alternées. » Certaines règles sous-tendent son processus : il faut que les images possèdent la même perspective, la même lumière, le même contraste. « Il faut rendre la lecture de l’image finale le plus compliqué possible », conclut Erik Johansson. « Il faut que le spectateur ne puisse pas trouver où commence la photo originale. » Comme un bon tour de magie.

Sune Jonsson – Mémoires suédoises 

« Les années ont passé comme les lignes téléphoniques sur le côté de la route. Mais l’œuvre picturale a gelé le temps qui file, le transformant en une multitude de domaines dans lesquels nous continuons de vivre. Nous pouvons les observer, les laisser nous absorber, revivre ces choses que nous avons depuis longtemps laissé passer. Au mieux, ces domaines peuvent servir de médiateur des connaissances et unir les gens. […] C’était en tout cas mon intention. » Ces mots de Sune Jonsson, écrits en 1986, résument parfaitement la nature de son œuvre. Né en 1930 à Nyåker, village perdu des plaines suédoises, Sune Jonsson s’inscrit dans la droite lignée de la photographie sociale et documentaire. Si les critiques le comparent très justement à son aîné, l’américain Walker Evans, on retrouve dans ses images des similitudes avec la France des campagnes de Robert Doisneau ou l’atmosphère d’un Willy Ronis. Fortement influencé par l’œuvre des photographes de la Farm Security Administration (FSA), qui avaient documenté à partir de la fin des années 30 la pauvreté rurale américaine lors de la grande dépression, Sune Jonsson s’est mis en tête de créer un témoignage similaire de l’autre côté de l’Atlantique. Ainsi, pendant un demi-siècle, il immortalisera la société de la province de Västerbotten dont il est originaire. Une région bien éloignée de la capitale Stockholm où il fait ses études dans les années 40, lorsque sa famille s’y installe. En retournant sur ses terres natales, il les voit d’un œil neuf. Un regard intellectuel et poétique qui lui permettra d’encapsuler avec tendresse un fragment désormais disparu de la société suédoise.

Jonathan Näckstrand – Acclimatation

Le Grand Nord, Jonathan Näckstrand l’a parcouru en long et en large. « Il n’y a qu’un seul endroit où je n’ai pas encore été : le Svalbard. » La plus septentrionale des terres de la Norvège manque à ce Suédois, photographe pour l’AFP basé à Stockholm. Mais en sillonnant les pays scandinaves, Näckstrand a appris à les connaître dans toutes leurs complexités. « C’est sûr que, pour un photographe d’agence, c’est plus compliqué de trouver une histoire en Finlande qu’au Moyen-Orient », s’amuse le journaliste qui reconnaît « que tout est assez lent et paisible ici. » Mais en parcourant ses archives, un fil rouge surgit de manière évidente. Théâtre calfeutré par la neige et le froid, loin des turpitudes de la grande actualité, les territoires nordiques et leurs problématiques s’immiscent peu à peu dans la marche du monde. Si, par exemple, la naissance d’une conscience écologique ne date pas d’hier, elle ne se sera pourtant jamais autant cristallisée que lors de cet été 2018 autour de la figure de l’adolescente Greta Thunberg. Et pour cause : tous ces pays ont été les premières sentinelles à constater les effets du réchauffement climatique – bien avant les états du sud de l’Europe. « Que ce soit en couvrant les Samis qui doivent bouleverser leurs modes de vie à cause de la hausse des températures, des courses de voitures sur neige qui ne peuvent plus avoir lieu ou des glaciers du Groenland qui se brisent dans la mer avec le réchauffement climatique, on ne peut que constater l’évidence. » Après avoir appris à s’acclimater au froid, ces terres doivent désormais composer avec sa progressive disparition.

Exposition réalisée en collaboration avec l’Agence France-Presse, produite grâce au soutien et à l’expertise du laboratoire Initial Labo.

Festival Photo La Gacilly