En 1961, Barbro Östlihn débarque à New York avec son mari, Öyvind Fahlström, artiste visuel, critique d’art et auteur. Ils emménagent dans l’ancien loft de Robert Rauschenberg au sud de Manhattan, qui leur servira à la fois d’appartement et d’atelier commun. Impressionnée par l’architecture imposante autant que par la valse des constructions, destructions et réhabilitations de cette partie de New York, Östlihn développe son propre langage pictural, en marge du pop art et du néo-réalisme alors en vogue. Elle parcourt l’île de jour, appareil photo à la main, et peint la nuit. Ce n’est pas le bouillonnement de la rue qui l’intéresse, mais les façades qui en forment les coulisses et qu’elle traduit sur de grandes toiles par des mosaïques et des macroformes géométriques. Ses tableaux portent souvent les noms des adresses ou des édifices qu’ils représentent.
À partir de 1963, elle expose régulièrement dans des galeries telles que la Galerie Cordier & Ekstrom, Tibor de Nagy Gallery, Marian Goodman Gallery, et remporte l’adhésion de critiques renommés comme Barbara Rose et Donald Judd. Elle collabore aussi avec Fahlström autour de nombreux événements – la Biennale de Venise en 1966, des expositions, des soirées – où se côtoient les avant-gardes de tous champs et de tous horizons. Malgré sa place dans cette communauté et la finesse de son œuvre picturale, ce n’est que récemment que son art a reçu la pleine reconnaissance qu’il mérite.
Le couple se sépare en 1975 et Östlihn s’installe l’année suivante à Paris avec l’artiste français Charles Dreyfus. Elle y demeurera jusqu’à sa mort en 1995. À nouveau, les murs et les sols constituent des sujets pour sa peinture, qui évolue vers un langage encore plus abstrait. Barbro Östlihn est alors représentée par la galerie baudoin lebon.
Son œuvre puissante et singulière devra attendre la grande exposition de Moderna Museet en 1984 pour se faire connaître en Suède. C’est à partir des années 2000, après le décès de l’artiste, qu’une série d’expositions viendra consacrer sa place dans l’histoire de l’art suédois d’après-guerre. Après une première présentation de sa période new-yorkaise en 1997, l’Institut suédois offre ce printemps la première rétrospective de Barbro Östlihn en France. Comme un clin d’œil à l’éternelle fascination de l’artiste pour les transformations architecturales, cette exposition inaugure une série d’espaces nouvellement rénovés de l’Hôtel de Marle.
L’exposition montre une vingtaine d’œuvres, pour la plupart en très grand format, emblématiques de l’ensemble de sa carrière, ainsi que des reproductions de photographies et des esquisses servant de base à son travail. La sélection est complétée par des documents d’archives et des clichés du célèbre photographe Christer Strömholm, témoignant des relations entre artistes suédois.es et français.es à Paris dans les années 1960 et du rôle d’Östlihn dans ces échanges.
Commissaire : Annika Öhrner, Professeure associée à Södertörn University, Stockholm. Elle a présenté sa thèse de doctorat sur Barbro Östlihn à l’Université de Uppsala en 2010. Comptant de nombreuses publications à son actif, elle s’est spécialisée dans l’historiographie critique, les transferts transnationaux ainsi que dans l’histoire des musées et des expositions notamment appliqués au 20e siècle.
Remerciements à Ann Hallström ainsi qu’à l’Ambassade de Suède en France, Statens Kulturråd (Swedish Arts Council), Barbro Osher Pro Suecia Foundation, Moderna Museet, Gothenburg Museum of Art, Västerås Art Museum, Firestorm Foundation, Regeringskansliet, Studio Andreas Eriksson, ainsi qu’à tous les prêteurs privés.
Merci tout particulier aux amis et bienfaiteurs de l’Institut suédois pour leur généreux soutien.
Avec le soutien de Houdini Sportswear.